Ils ont aimé

« Les cités HLM des Mureaux, en région parisienne. À quelques kilomètres, les usines Renault emploient encore une partie des habitants, à commencer par les enfants de ceux qu’on fit venir d’Afrique et du Maghreb dans les années 1960. Que reste-t-il de la classe ouvrière ? En bas des barres d’immeubles, à l’entrée de l’usine avec les syndiqués et les militants, ou au bord d’un étang, Manon Ott nourrit son film de la parole, raisonnée, douce, révoltée ou chantée de ceux qui vivent là. Des luttes sociales du passé à la précarité des esclaves modernes – chômeurs et intérimaires-, elle construit un discours collectif d’une intelligence absolue sur le monde du travail, loin des poncifs de la banlieue, de l’immigration et de la délinquance – ou plutôt, la résistance économique-, comme dit l’un des protagonistes. Et quand au bout de la nuit cet ex-taulard qui a lu Karl Marx et Rimbaud en prison raconte son enfance de gamin de banlieue avide d’argent vite gagné, le feu qui couve révèle la puissance politique d’un film aussi sensible que subversif. »

Céline Guénot – Festival Visions du Réel, Nyon

« Ici la périphérie est au centre et des territoires libérés s’inventent » chantait Hamé en 2009. Loin du misérabilisme et de la sociologie de comptoir souvent à l’oeuvre dans les films sur la banlieue, Manon Ott nous entraîne ici dans un véritable voyage picaresque sur quelques kilomètres carrés. Photographié dans un noir et blanc graphitique, qui permet de lier dans un même geste, les luttes sociales des années 1960 et le gangsta rap des années 2010, le film circule entre ses personnages sans chercher à hiérarchiser ou étiqueter. Il s’agit avant tout d’établir une véritable poétique de la parole, qu’elle soit personnelle, militante, désabusée, amoureuse, musicale ou amicale. Le free-jazz (Akosh S. signe la bande originale) propose un juste contre-point esthétique aux ambiances et aux lieux et semble retrouver les caractéristiques originelles que son institutionnalisation avait fini par estomper : musique contestataire, musique libérée, musique libératrice. »

Victor Bournérias – Festival Entrevues, Belfort

« De cendres et de braises est construit sur un jour et une nuit. La levée du soleil accompagne la levée des habitants qui se préparent au travail ; la nuit s’étend sur ceux qui rêvent debout : la deuxième génération née en France. Elle occupe le centre narratif du film ; un peu plus loin, les vieux – retraités –, grillent du maïs en évoquant leur passé de forçats à Flins. Le monde s’est entre- temps renversé : plus la même langue, plus le même regard, plus la même crise.

Les parcours s’esquissent autour du tertiaire. Indéniablement individualistes. Les collectifs ouvriers ont laissé place aux groupes d’affinité et à la possibilité d’un partage sensible : une chanson ou un poème de Césaire. L’inquiétude sur l’avenir reste néanmoins présente. « On est dans la crise depuis qu’on est né ! » dit l’un. Une jeune amoureuse danse dans sa cuisine en amenant la nuit. Dans le halo d’un réverbère, des courses à pied ou en moto. Des enfants envoient leur flamme vers les étoiles en laissant s’envoler leurs montgolfières bricolées. Leurs yeux pétillants sous leurs ballons chauffés, qu’on ne voit pas encore, s’adressent fictivement, mais forcément, à leur grand frère rappeur perché sur une butte. Du doigt, il montre les scintillements urbains et lointains. « On dirait que la sortie est là-bas, mais dans le noir il y a des grosses barrières qu’il faut franchir avant.»

Cette brousse abrite aussi un ancien braqueur qui allume un feu. En prison, il découvre les larmes de sa mère et Rimbaud. Il se dit « résistant économique », rangé. « Le feu, dit-il, c’est mystique, dangereux, simple. » Je pourrais reprendre ces qualifications pour la bande son du film, exceptionnelle, étirée entre Sound design et Free jazz. Le volcan crache ses petites braises,ses perles sur l’horizon, comme la possibilité de lumières qui traversent les « barrières noires » pour s’adresser directement à la lune. »

Eliane de Latour – Festival Doc-Cévennes, Lasalle

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